lundi 22 juin 2015

La fête des Bateaux-Dragons



Le 5 du 5e mois lunaire (environ en juin), les Chinois célèbrent la fête des Bateaux-Dragons, une des fêtes traditionnelles chinoises, qui possède une histoire deux fois millénaires...

L'origine

L'origine de cette fête a plusieurs versions, parmi lesquelles, honorer la mémoire de Qu Yuan est la plus reprise. Qu Yuan fut ministre du royaume de Chu pendant la période des Printemps et Automnes (770-476 av. J.-C.). Il fut aussi un grand poète patriote. En effet, face à la pression du royaume puissant de Qin, Il proposa de faire prospérer le pays et de renforcer les forces militaires afin de résister à la menace de ce royaume. Mais sa proposition subit l'opposition des aristocrates ayant à leur tête Zi Lan. Par conséquent, Qu Yuan fut destitué de ses fonctions et expulsé de la capitale par le roi. En exil, il composa plusieurs poèmes illustrant ses sentiments inquiets sur le sort de la nation et du peuple : entre autres Li Sao (Nostalgie), Tian Wen (Interrogation posée au Ciel) et Jiu Ge (Chants aux sacrifiés). Ces poèmes sont immortels et ont une influence profonde. En 278 av. J.-C., l'armée du royaume de Qin s'empara de la capitale de Chu. Après avoir appris cette nouvelle, Qu Yan écrivit son dernier poème Huai Sha (Regretter Changsha) et se suicida le 5 du 5e mois lunaire en se jetant dans le fleuve Miluo. Selon la légende, après la mort de Qu Yuan, les gens du peuple de Chu affluèrent au bord du fleuve pour lui rendre un dernier hommage et les pêcheurs conduisant leurs bateaux firent des va-et-vient dans le fleuve pour chercher sa dépouille mortelle, mais sans résultat. Pour éviter qu'il fut mangé par les poissons, on jeta alors des boulettes de riz gluant et des œufs dans le fleuve. Un vieux médecin y versa même du vin de riz pour soûler les animaux aquatiques. Dès lors, la course de bateaux-dragons, les boulettes de riz gluant et le vin de riz sont devenus des us et coutumes populaires en Chine.

Le déroulement de la fête 

Chaque année, lors de la fête des Bateaux-Dragons, dans toutes les régions on organise une course de bateaux-dragons. Une fois le signal donné, les rameurs canotent de concert au son des tambours et les bateaux en forme de dragon avancent à toute allure vers le fil d'arrivée. La légende dit que ce jeu date du moment où l'on cherchait en bateau Qu Yuan, mais selon les recherches scientifiques, c'était une activité à la fois religieuse et divertissante à l'époque des Royaumes Combattants (475-211 av. J.-C.). Depuis des millénaires, ce jeu s'est popularisé non seulement dans les diverses régions de Chine y compris Taiwan et Hongkong, mais s'est introduit également au Japon, au Vietnam et dans d'autres pays voisins voire en Grande-Bretagne. A présent, il est devenu un sport nautique traduisant à la fois la tradition populaire et la modernité. En 1980, la course de bateaux-dragons a figuré sur la liste des épreuves de compétition sportive nationale de la Chine. La Coupe Qu Yang de course de bateaux-dragons est organisée chaque année.

Lors de la fête, on n'oublie pas encore de manger des gâteaux triangulaires de riz ou de millet glutineux, enveloppés de feuilles de roseau ou d'autres plantes. Selon des documents historiques, cet aliment est apparu pendant la période des Royaumes Combattants. Avec le temps, ses variétés se sont multipliées, par exemple le gâteau de jujubes, de purée d'haricots rouges, de jaune d'œuf, de jambon ou farci de porc. Dès le début du 5e mois lunaire de chaque année, beaucoup de familles commencent à faire tremper du riz glutineux dans l'eau, laver des feuilles de roseau et faire des gâteaux triangulaires. Dans les magasins de produits alimentaires, on peut trouver davantage de variétés de gâteaux. La coutume chinoise de manger des gâteaux triangulaires de riz glutineux s'est répandue en Corée , au Japon et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est.


Pendant la fête, les mères doivent confectionner pour leurs enfants des sachets à parfum dans lesquels elles remplissent des plantes aromatiques et médicinales. Les sachets sont enfilés par un fil de soie et portés au cou des enfants ou accrochés au vêtement. Ces gracieux ornements ont encore pour effet d'exorciser les démons et dissiper la maladie.



Article de "Chine-Nouvelle.com"

mercredi 17 juin 2015

Les superbes et étonnantes parades nuptiales des oiseaux de Paradis


Les superbes et étonnantes parades nuptiales des oiseaux de Paradis par Gentside Découverte


De superbes vidéos récoltées par des chercheurs du laboratoire d’ornithologie de l’Université américaine de Cornell présentent différentes parades nuptiales réalisées par des paradisiers ou oiseaux de paradis. Depuis quelques années, une équipe de chercheurs du laboratoire d’ornithologie de l’Université américaine de Cornell étudie les oiseaux de Paradis (ou paradisiers) de Nouvelle-Guinée et tente de percer les mystère de leurs singulières parades nuptiales. Leurs études, menées au sein du "Birds-of-Paradise Project", ont pour objectif d’apporter de nouvelles connaissances sur ces espèces particulières et de promouvoir leur conservation.

Au cours de leurs différentes expéditions, les biologistes ont récolté toute une série de contenus multimédia (photos, sons et vidéos), désormais disponibles sur le site internet et la chaine Youtube du projet. Parmi ces contenus, quelques séquences filmées montrent d’impressionnantes et étonnantes parades nuptiales.

Des plumes aux couleurs chatoyantes

De manière générale, le groupe des paradisiers rassemble une quarantaine d'espèces différentes d’oiseaux de Paradis. Les deux tiers de ces espèces présentent un dimorphisme sexuel marqué. Ce terme technique désigne l’ensemble des différences morphologiques entre un individu mâle et femelle. Aussi les mâles, contrairement aux femelles, sont généralement dotés d’un magnifique panel de plumes aux couleurs chatoyantes.

Durant la période nuptiale, les mâles ayant atteint l’âge adulte se lancent dans des parades uniques, particulièrement complexes, mêlant des chants, des danses et bien sur, une exposition de leur plumage coloré. Ces rituels varient selon les espèces et nécessitent une totale maîtrise des moindres détails pour convaincre les femelles.

Des oiseaux encore méconnus

Néanmoins, il reste encore beaucoup à découvrir sur les paradisiers et ces oiseaux insolites n’ont pas fini de surprendre les chercheurs. Réputés pour être les plus spectaculaires du monde animal, ils évoluent actuellement dans des aires restreintes regroupant les forêts denses de Nouvelle-Guinée et quelques îles australiennes.

Très proches du groupe des Corvidae, rassemblant notamment les corbeaux, les corneilles et les pies, les paradisiers ont évolué dans un environnement marqué par l’absence de prédateurs et l’abondance de nourriture. Aussi, leur comportement est marqué par des techniques de séduction particulièrement développées au dépend des stratégies de défenses contre les dangers.




Article de "Gentside Découverte" écrit par Emmanuel Perrin

Quand le cannibalisme donnait la tremblote : le cas "kuru"


KURU. Au milieu du 20e siècle, la médecine a commencé à s'intéresser à une nouvelle maladie découverte en Papouasie-Nouvelle-Guinée dans une tribu aborigène anthropophage : le kuru. Entre 1950 et 1965, cette maladie dégénérative du système nerveux a emporté quelque 2500 membres de cette tribu, essentiellement des femmes et des enfants. La cause de cette épidémie ? Les rites anthropophagiques mortuaires de la tribu, qui conduisaient les femmes et les enfants à consommer le cerveau des défunts et le système nerveux central. Or, tout comme la maladie de Creutzfeldt-Jakob ou la tremblante du mouton, le kuru est une encéphalopathie spongiforme transmissible. Un type de maladie provoqué par l'accumulation d'une protéine prion incorrectement repliée et transmissible par consommation d'organes contaminés. Au fur et à mesure de leur accumulation, ces prions vont littéralement ramollir le cerveau jusqu'à le rendre spongieux ; la maladie entraîne des troubles neurologiques graves (coordination des mouvements, troubles visuels, crises d’épilepsie, secousses musculaires). En langage Fore - utilisé par la tribu concernée -, "kuru" signifie d'ailleurs "trembler de peur". En 1950 toutefois, cette pratique a été interdite et la maladie s'est peu à peu raréfiée.

Un exemple saisissant d'évolution darwinienne

Cette histoire terrifiante refait aujourd'hui surface en raison de la publication le 10 juin 2015 dans la revue Nature d'un travail qui met en évidence, dans cette tribu Fore, une mutation génétique capable de protéger contre les prions pathogènes. En 2009, l'équipe de chercheurs britannique de l'Institut de neurologie de Londres est partie effectuer une analyse génétique des femmes qui avaient étrangement survécu à l'épidémie de kuru. Ils se sont aperçus qu’une nouvelle variante (G127V) des protéines prions était apparue et que celle-ci conférait une résistance particulière à l’infection. Autrement dit qu'une "protéine mutante" était apparue pour protéger la population de la maladie. Le principal auteur de ces travaux John Collinge y voit un "exemple saisissant d'évolution darwinienne chez les humains, où l'épidémie de maladie à prion a sélectionné un changement génétique pour protéger contre cette dégénérescence fatale". Si cette modification génétique résulte bien du hasard - seul et unique ressort de l'évolution des espèces -, elle a pu se transmettre de génération en génération car elle avait la capacité de protéger ses porteurs. Autrement dit, ce variant s'est installé par un processus de sélection naturelle.

Naturellement présente chez les mammifères, la protéine prion peut devenir pathogène en changeant sa conformation tridimensionnelle : elle se replie sur elle-même de façon très serrée, ce qui la rend hydrophobe, peu soluble et résistante à la dégradation. Peu à peu les protéines s'agrègent entre elles et forment des dépôts qui se multiplient à l’intérieur et à l’extérieur des cellules du cerveau, perturbant leur fonctionnement et leurs mécanismes de survie.
Source : Inserm

Pour s'assurer de la validité de ce mécanisme protecteur, les scientifiques ont utilisé des souris génétiquement modifiée pour reproduire cette "nouvelle" variante de la protéine appelée G127V. Résultat ? Les souris modifiées se sont révélées résistantes à toutes les maladies à prions testées. Des résultats encourageants qui pourraient servir à mieux comprendre d'autres maladies neurodégénératives dont le mécanisme est semblable comme la maladie d'Alzheimer ou Parkinson. Reste que ces travaux sont très fondamentaux et qu'ils n'offrent pas de piste immédiate pour de nouvelles stratégies thérapeutique.

Article de "Sciences et Avenir" écrit par Hugo Jalinière

mardi 16 juin 2015

L’exceptionnelle sépulture de Louise de Quengo, dame du XVIIe siècle


De 2011 à 2013, une équipe de l’Inrap a mené, sur prescription de l’État (Drac Bretagne), une fouille préventive au couvent des Jacobins, futur centre des congrès de Rennes Métropole. Deux ans après, les études se poursuivent et livrent de nouvelles découvertes.
Le couvent des Jacobins, construit en 1369, après la guerre de Succession, marque la victoire de Jean IV de Montfort, duc de Bretagne, sur Charles de Blois. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, cet établissement dominicain devient un important lieu de pèlerinage et d’inhumation. Ainsi, environ 800 sépultures y ont été mises au jour par les archéologues, dont cinq cercueils de plomb. L’un d’eux contenait une dépouille dans un état de conservation exceptionnel. Son étude est un témoignage rare des pratiques funéraires des élites du XVIIe siècle.

Cercueils et cœurs de plomb

Les cinq cercueils de plomb, datés du XVIIe siècle, étaient accompagnés de reliquaires en forme de cœurs.
Quatre des cercueils, dégagés dans le chœur de l’église, ont livré des squelettes relativement bien conservés dont certains présentent un crâne et une cage thoracique sciés, témoins d’un embaumement réservé aux élites.
Les cinq reliquaires de plomb accompagnant les cercueils du couvent des Jacobins constituent un ensemble unique en Europe. Ils renferment un cœur et quatre portent des inscriptions révélant l’identité des défunts. Certains cœurs sont enveloppés dans un tissu et embaumés avec des végétaux. L’analyse des textiles, des essences végétales et des organes apporte des informations sur le protocole d’embaumement.

Louise de Quengo, dame de Brefeillac († 1656)

À la base d’un mur de la chapelle Saint-Joseph, le cinquième cercueil a révélé un corps dans un état de conservation exceptionnel. Presque intact, ce corps est celui de Louise de Quengo, dame de Brefeillac. Cette identification est possible grâce aux inscriptions sur le reliquaire en plomb du cœur de son mari, Toussaint de Perrien, chevalier de Brefeillac (décédé en 1649). Afin de limiter au maximum la  perte d’information liée à la décomposition de la dépouille, une étude a été menée en collaboration avec des chercheurs du laboratoire Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse (CNRS/Université de Toulouse) et le service médico-légal du CHU de Toulouse.

L’autopsie : enjeux scientifiques et patrimoniaux

Après le scanner de l’intégralité de la dépouille, l’autopsie a révélé l’état sanitaire de Louise de Quengo. Le prélèvement de tissus humains sans contamination environnementale est une opportunité rare en archéologie. Des études complémentaires en microbiologie ou en génétique permettent de déterminer si la cause du décès est d’origine infectieuse. L’ADN des pathogènes, dont celui de la tuberculose, permet d’observer l’évolution des micro-organismes du XVIIesiècle à nos jours, une problématique en plein essor.
Ces recherches apportent aussi de précieuses informations sur les pratiques funéraires de l’époque, l’histoire des sciences et de la médecine. Le prélèvement du cœur de la défunte révèle ainsi une réelle maîtrise de la pratique chirurgicale. Il a probablement été inhumé dans un lieu encore inconnu, celui de son époux l’accompagnant dans l’au-delà.
L’inhumation en plusieurs lieux de différentes parties d’un corps puise ses origines dans le Moyen Âge, comme en témoignent les funérailles de Bertrand Du Guesclin ou Anne de Bretagne. Mais ses modalités et son évolution à l’époque Moderne étaient jusqu’alors méconnues.

Un costume complet du XVIIe siècle

Louise de Quengo porte l’habit de religieuse : cape, chasuble, robe de bure brune en sergé de laine grossier, chemise en toile, jambières ou chausses en sergé de laine et mules en cuir à semelles en liège. Un scapulaire de dévotion est enroulé autour de son bras droit, ses mains jointes tenant un crucifix. Un suaire recouvre son visage et deux bonnets et une coiffe, maintenue par un bandeau, couvrent sa tête. Le port de l’habit religieux est répandu chez les élites laïques, autorisées à l’endosser lors de cérémonies importantes. Mais Louise a pu aussi adopter la vie monacale après son veuvage. La conservation exceptionnelle de l’ensemble a conduit l’État et le musée de Bretagne à mettre en œuvre la restauration des vêtements (laboratoire Materia Viva à Toulouse) et des chaussures (laboratoire 2CRC à Grenoble), en vue d’une présentation au public.

Á l’issue des études scientifiques, des dispositions seront prises en vue de la ré-inhumation de la défunte, ainsi que pour la conservation des textiles.



Article de L'INRAP